Busuma, symbole d’une urgence humanitaire où les enfants paient le plus lourd tribut
Une équipe de l’UNICEF s’est déployée à Busuma afin de conduire une évaluation rapide multisectorielle des besoins, en réponse à une crise humanitaire.
Sur les hauteurs de Busuma, une brume enveloppe le paysage et s’insinue lentement entre les reliefs, plongeant les lieux, observés de loin, dans un silence mystérieux. L’air froid mord la peau et transforme chaque souffle en un nuage visible. C’est dans cette atmosphère particulière que, le matin du 30 décembre, l’équipe de l’UNICEF arrive au site de réfugiés.
Le site de Busuma, situé dans la zone de Kayongozi, commune de Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi, accueille actuellement un afflux massif de réfugiés congolais en provenance de plusieurs centres de transit situés près de la frontière entre le Burundi et la République Démocratique du Congo.
Aujourd’hui, environ 70 000 personnes y survivent déjà. Dans les semaines à venir, ce chiffre pourrait atteindre près de 100 000, avec l’arrivée attendue de réfugiés en provenance de Rumonge et d’autres sites de transit.
Installées sur plus de 120 hectares, les familles vivent dans une extrême précarité. Plus de la moitié de la population est composée d’enfants, exposés quotidiennement au froid, à la faim, aux maladies, au choléra et à de graves risques en matière de protection.
À Busuma, l’urgence n’est pas abstraite ; elle se lit sur les visages, dans les gestes de survie et dans les silences.
Les constats sont particulièrement inquiétants sur le plan nutritionnel, dans un contexte d’insécurité alimentaire critique. Près de 455 enfants de moins de cinq ans sont déjà dépistés comme souffrant de malnutrition, dont 174 présentent une malnutrition aiguë sévère et 281 une malnutrition aiguë modérée. Quatorze décès ont été recensés, principalement dus à des complications telles que l’anémie et le paludisme.
Sur le plan sanitaire, la situation demeure extrêmement préoccupante. Lors de la visite, le site comptait 23 cas actifs de choléra, plus de 110 personnes déjà prises en charge et deux décès liés à cette maladie. Les structures de santé existantes sont saturées, et le manque de personnel, de matériel médical et d’infrastructures appropriées rend crucial le déploiement rapide de cliniques mobiles ainsi que le renforcement de la réponse sanitaire. Les chiffres indiquent qu’il y a entre 1 500 et 2 000 consultations par jour, avec une moyenne de 200 à 230 par membre du personnel. Les enfants représentent 55 % de ces consultations.
L’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement demeure dramatiquement insuffisant, malgré des efforts constants en cours. Avec moins de deux litres d’eau par personne et par jour, un nombre très limité de latrines et la persistance de la défécation à l’air libre, les risques d’épidémies continuent de s’aggraver.
La crise à Busuma frappe d’abord les enfants. Plus de 150 enfants non accompagnés ont déjà été identifiés et exposés à des risques élevés de violences, d’exploitation, d’abus, de négligence et de disparition. Aucun espace d’apprentissage n’est actuellement disponible sur le site, tandis que les écoles environnantes sont déjà saturées.
Mwangaza Amissi, 11 ans, originaire de Rubarika, a été rencontré alors qu’il brûlait la chèvre de sa grand-mère. Interrogé sur son absence à l’espace ami des enfants mis en place par l’UNICEF, il répond avec une gravité désarmante :
« C’est moi qui aide ma grand-mère avec sa nourriture, pour puiser son eau et d’autres choses dont elle a besoin, parce que sinon elle mourrait, n’ayant plus la force de le faire elle-même. »
À Busuma, l’enfance est souvent remplacée par des responsabilités trop lourdes pour de si jeunes épaules.
Nguza Zuena, mère de huit enfants, originaire de Ruberizi, à l’est de la RDC, s’est rendue au service de prise en charge de la malnutrition, installé au cœur du site, avec son dernier-né, Christian Twasima, âgé de 10 mois. Dépisté en malnutrition aiguë sévère, il reçoit pour la première fois une prise en charge nutritionnelle à base de Plumpy’Nut, fourni par l’UNICEF.
Elle confie, la voix empreinte d’inquiétude : « Nous n’avons pas encore de tentes ni de couvertures ; nous avons fui sans rien amener. À part la malnutrition, les enfants vont avoir d’autres maladies liées au froid mais aussi à l’hygiène. »
Face à cette situation, l’UNICEF, en appui aux autorités et aux partenaires, a engagé plusieurs actions : réponse au choléra par l’appui à la fourniture d’intrants, amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement à travers l’installation de bladders, prise en charge de la malnutrition aiguë sévère, campagnes de vaccination, mise en place d’espaces amis des enfants temporaires accueillant plus de 1 000 enfants par jour, installation de toilettes mobiles, activités de communication sur les risques et évaluations conjointes dans l’ensemble des secteurs clés. L’UNICEF prévoit également la mise en place de cliniques mobiles, ainsi que la réalisation de forages dans les plus brefs délais.
Cependant, les écarts entre les besoins et les ressources disponibles demeurent considérables. Les défis sont particulièrement critiques en matière d’accès à l’eau potable, de nutrition thérapeutique, de personnel qualifié, d’infrastructures durables, de kits d’hygiène, de mécanismes de protection de l’enfance et de financements.
La situation à Busuma appelle une mobilisation coordonnée, complémentaire et renforcée. Chaque jour qui passe accroît les risques et fragilise davantage des familles déjà éprouvées par le déplacement et la perte. Attendre n’est pas une option. Agir maintenant est une responsabilité collective pour préserver la vie, la dignité et l’avenir de milliers d’enfants et de familles déracinées.