L'alimentation scolaire, un facteur clé pour les revenus des ménages

L'alimentation scolaire locale révolutionne non seulement l'éducation des enfants, mais aussi les économies des ménages au Burundi.
Il est midi à Muyinga. Julienne Bukuru s'occupe soigneusement de son petit champ de légumes sur la colline de Buhinyuza, dans le nord du Burundi. Comme pour la plupart des parents, il est temps de servir le déjeuner pour la famille. Mais pour Julienne, les choses ont changé. Elle n'a plus besoin d'interrompre ses activités agricoles pour le faire. "Avant, nous devions arrêter de travailler dans les champs pour préparer le déjeuner de nos enfants", raconte Julienne, mère de cinq enfants. "Aujourd'hui, je ne m'inquiète plus. Ils ont un bon déjeuner à l'école."
Depuis 2006, l'école Ecofo Karongwe, fréquentée par trois des enfants de Julienne, bénéficie des repas scolaires. L'école fait partie des 885 établissements bénéficiant du programme d'alimentation scolaire mis en place par le gouvernement du Burundi avec le soutien du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Ce programme a permis à Julienne de consacrer plus de temps à l'agriculture et a considérablement réduit ses dépenses ménagères. "Avant que mes enfants ne bénéficient des repas scolaires, je consommais 1,5 kg de farine de maïs avec d'autres légumes pour le déjeuner ! Maintenant, je consomme moins de 1 kg, et le reste peut être économisé pour le jour suivant." Je bénéficie deux fois du programme de repas scolaires : je vends mes récoltes à la coopérative, qui les fournit à l'école pour nourrir mes enfants, explique Julienne.
Pour les familles à faible revenu comme celle de Julienne, le programme d'alimentation scolaire est inestimable. Avec plus de 72 % de la population burundaise vivant en dessous du seuil de pauvreté national de 1,25 USD par jour, les repas scolaires aident les ménages vulnérables à soutenir l'éducation de leurs enfants. Selon une étude sur la rentabilité réalisée par l'Université de Harvard, les repas scolaires représentent 8 % des dépenses totales des ménages et 14 % des dépenses en nourriture des ménages.
Un atout pour les économies des ménages
Julienne, qui est également membre d'une coopérative locale, se réjouit des doubles avantages du programme d'alimentation scolaire. "Le prix d'achat de la coopérative est deux fois plus élevé que celui offert par le marché local", dit-elle. "Je peux stocker toute ma récolte avec la coopérative et la protéger contre le vol ; je suis sûre que toute ma production sera commercialisée, et je peux disposer d'une somme d'argent importante, ce qui me permet de réaliser des projets."
Le programme d'alimentation scolaire du PAM a fourni un marché sécurisé pour 128 coopératives, permettant à environ 24 000 petits agriculteurs comme Julienne d'augmenter leurs revenus de jusqu'à 49 %, selon l'étude de l'Université de Harvard. "Grâce aux bénéfices de mes ventes et aux dividendes de la coopérative des agriculteurs, j'ai pu acheter une chèvre et un lopin de terre", se réjouit Julienne. Elle apprécie que les cultures qu'elle récolte reviennent à son ménage grâce aux repas scolaires consommés par ses enfants.
Un soutien fort à l'autonomisation économique des femmes
L'alimentation scolaire locale soutient non seulement les agriculteurs locaux, mais favorise également l'égalité des sexes. "Aujourd'hui, je ne dépends plus de mon mari", partage Sabine, mère de neuf enfants. "Si je veux une robe, je peux me la permettre. Si je veux investir dans le bétail, acheter une chèvre ou un lapin par exemple, je n'ai pas besoin d'attendre le soutien de mon mari", dit-elle. Les coopératives soutenues par le PAM, qui fournissent des repas scolaires, emploient 90 % de femmes, comblant ainsi l'écart entre les sexes dans le développement socio-économique. Sabine se souvient des défis auxquels les femmes étaient confrontées par le passé.

"Il était difficile pour les femmes d'accéder à l'argent. Maintenant, nous avons évolué ! Même si mon mari est loin de la famille, je n'ai pas peur de demain. Je peux subvenir aux besoins de mes enfants !"
Avec un indice d'inégalité entre les sexes de 0,504 au Burundi, les coopératives agricoles de petits producteurs sont devenues une plateforme cruciale pour la croissance économique des femmes.
"Les coopératives agricoles ont même changé la façon dont nos maris nous voient. Aujourd'hui, il m'implique dans la gestion financière de la famille. Il se rend compte que je fais aussi une grande contribution. Si mon mari a quelque chose, il le partage avec moi, et moi aussi. Nous mettons nos ressources en commun, ce qui était impossible avant", explique Sabine.
L'impact positif des coopératives fournissant des repas scolaires est évident au Burundi, où 90 % des moyens de subsistance dépendent de l'agriculture. Une étude de l'Université de Harvard a révélé que chaque dollar investi dans l'économie locale génère un retour économique de 5,2 $ pour le pays.
Grâce à ses revenus issus de la coopérative agricole, Sabine a déjà acheté deux chèvres, un terrain à cultiver et a pu financer l'université privée de sa fille.
Aujourd'hui, elle a un souhait : que le temps reste favorable afin qu'elle puisse continuer à approvisionner les écoles et que les repas atteignent tous les élèves.